Aller au contenu
← Le journalFinancement

Cap table startup : comment la construire et l'interpréter

Par l'équipe Growth Loupe · 17 juin 2026 · 6 min

Rédigé avec l'assistance de l'IA · édité par Growth Loupe

En bref

Une cap table (table de capitalisation) est un tableau qui liste l'ensemble des actionnaires d'une startup, le nombre d'actions qu'ils détiennent et leur pourcentage du capital — en base pré-money et post-money — à chaque tour de financement. Elle doit impérativement intégrer le pool de BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise) et les obligations convertibles en base fully diluted pour refléter la dilution réelle. Chaque levée de fonds dilue les actionnaires existants proportionnellement. Le fondateur doit maîtriser ces colonnes avant toute négociation avec un investisseur.

C'est quoi une cap table, concrètement ?

Définition. Une cap table — abréviation de capitalization table, ou table de capitalisation — est un tableau qui recense tous les détenteurs de capital d'une startup : fondateurs, investisseurs, salariés bénéficiaires de BSPCE, porteurs d'obligations convertibles. Pour chaque actionnaire, elle indique le nombre d'actions détenues, le prix d'acquisition et le pourcentage du capital représenté.

Ce tableau évolue à chaque événement capitalistique : création de la société, levée de fonds, émission de BSPCE, conversion d'obligations. Il est le document de référence pour toute négociation avec un investisseur.

Le problème le plus courant : la plupart des fondateurs ne regardent leur cap table que le jour de la signature chez le notaire. À ce stade, il n'y a plus rien à négocier. Lis cet article avant d'arriver en salle de négociation.

Les colonnes clés d'une cap table

Voici les colonnes que toute cap table sérieuse doit contenir, et ce que chaque colonne signifie réellement.

Actions émises. Le nombre d'actions — ordinaires ou préférentielles — que détient chaque associé. Ce chiffre brut ne dit rien seul : c'est le rapport entre les lignes qui compte.

Pourcentage pré-money. La part de capital de chaque actionnaire avant l'entrée de nouveaux investisseurs. C'est ton point de départ avant la levée.

Pourcentage post-money. Ta part après l'investissement. C'est ce qui compte vraiment. Si tu lèves 500 K€ sur une valorisation pré-money de 2 M€, la valorisation post-money est de 2,5 M€. L'investisseur prend 500/2500, soit 20 % du capital. Les fondateurs sont dilués de 20 % proportionnellement à leurs parts respectives. (Note : cet exemple est fictif et sert à illustrer le mécanisme.)

Prix par action. Le prix auquel chaque investisseur entre au capital. Ce prix augmente — en théorie — à chaque tour. C'est ce qui crée la plus-value pour les premiers actionnaires.

Pool BSPCE. Les Bons de Souscription de Parts de Créateur d'Entreprise forment une enveloppe d'actions réservée aux futurs employés clés. Si cette enveloppe n'est pas créée avant la levée, l'investisseur va t'imposer de la créer après le closing — ce qui te dilue toi seul, pas lui. Crée toujours le pool avant le closing.

  • Actions émises — nombre brut détenu par chaque actionnaire
  • % pré-money — ta part avant l'entrée de l'investisseur
  • % post-money — ta part réelle après le tour
  • Prix par action — base de calcul des plus-values futures
  • Pool BSPCE — enveloppe options salariés, à anticiper avant la levée

Exemple illustratif : de l'amorçage à la série A

Voici un exemple fictif pour illustrer la mécanique de dilution sur deux tours successifs.

Situation initiale. Deux fondateurs créent une startup : Alice (60 %) et Bruno (40 %). Ils émettent 10 000 actions à la fondation.

Tour d'amorçage (seed). Valorisation pré-money fictive : 1 M€. Levée fictive : 250 K€. Valorisation post-money : 1,25 M€. L'investisseur seed prend 20 % du capital via l'émission de nouvelles actions. Alice passe de 60 % à 48 %, Bruno de 40 % à 32 %. Un pool BSPCE de 10 % est créé avant le closing — ce qui dilue Alice et Bruno en amont, mais protège leur part face à l'investisseur, car ce dernier supporte aussi la dilution du pool.

Série A. Valorisation pré-money fictive : 5 M€. Levée fictive : 2 M€. Valorisation post-money : 7 M€. Le fonds série A prend environ 28,6 % du capital. Alice descend à environ 34 %, Bruno à environ 23 %, le seed à environ 14 %, le pool BSPCE à environ 7 %, le fonds série A à 28,6 %.

Ce que cet exemple montre : chaque tour dilue tout le monde proportionnellement. L'ordre dans lequel tu crées le pool BSPCE détermine qui supporte cette dilution. La dilution n'est pas l'ennemi. La dilution mal négociée, oui.

Les erreurs classiques sur la cap table

Voici ce que je vois le plus souvent chez les fondateurs qui découvrent leur cap table trop tard.

Ne pas anticiper le pool BSPCE. Si tu négocies sans avoir créé le pool, l'investisseur l'imposera post-money — ta dilution est alors disproportionnée par rapport à ce qu'elle aurait dû être.

Confondre valorisation pré-money et post-money. Quand un investisseur dit 'je t'offre 2 M€ sur une valorisation de 5 M€', il parle parfois pré, parfois post. Cette ambiguïté peut représenter plusieurs points de pourcentage d'écart sur ta part. Demande toujours la clarification explicite dans le termsheet.

Oublier les obligations convertibles (OC) déjà émises. Si tu as levé en OC lors d'un premier tour rapide, ces OC se convertiront en actions au prochain tour — souvent avec un discount de 20 à 25 %. Elles doivent apparaître dans ta cap table en base fully diluted dès maintenant.

Calculer tes pourcentages hors pool d'options. La base fully diluted représente le capital total comme si toutes les options, bons de souscription et obligations convertibles avaient été exercés. C'est la seule vision honnête de ta dilution réelle. Toujours utiliser cette base pour tes calculs.

  • Créer le pool BSPCE après la levée — tu te dilues seul, l'investisseur pas
  • Confondre valorisation pré-money et post-money dans le termsheet
  • Oublier les obligations convertibles dans le calcul fully diluted
  • Calculer tes pourcentages hors pool d'options — la vision est faussée

Quels outils pour construire ta cap table ?

Tu n'as pas besoin d'un outil complexe pour démarrer. Un tableur suffit à l'amorçage, à condition de maintenir la rigueur sur les colonnes décrites ci-dessus et de le mettre à jour à chaque événement capitalistique.

Pour des tours plus structurés, des plateformes spécialisées comme Carta ou Capdesk gèrent les scénarios de dilution automatiquement et produisent les documents juridiques associés. En France, des avocats corporate spécialisés en droit startup peuvent fournir un modèle de cap table validé adapté au droit français (SAS, BSPCE, clauses de liquidation préférentielle).

La question n'est pas l'outil. La question c'est : est-ce que tu comprends chaque ligne avant de signer ? Si la réponse est non, ne signe pas.

Ce qu'il faut retenir

La cap table est un document vivant. Elle évolue à chaque levée, chaque émission de BSPCE, chaque conversion d'OC. Si tu ne la lis pas régulièrement, tu perds le fil de ta propre dilution.

Les trois réflexes à avoir avant tout tour : (1) crée le pool BSPCE avant le closing, pas après ; (2) vérifie si la valorisation annoncée est pré ou post-money ; (3) calcule toujours en base fully diluted, obligations convertibles incluses.

Si tu veux aller plus loin sur la levée de fonds, le termsheet et la négociation avec les investisseurs, c'est exactement ce qu'on travaille dans les formations Growth Loupe.

FAQ

C'est quoi une cap table startup ?

Une cap table (table de capitalisation) est un tableau qui liste tous les actionnaires d'une startup — fondateurs, investisseurs, bénéficiaires de BSPCE — avec le nombre d'actions détenues et le pourcentage du capital représenté, avant et après chaque tour de financement. C'est le document de référence pour savoir qui possède quoi à chaque étape de la vie de la société.

Quelle est la différence entre valorisation pré-money et post-money ?

La valorisation pré-money est la valeur estimée d'une startup avant l'investissement. La valorisation post-money inclut les fonds levés : post-money = pré-money + montant investi. Par exemple, si une startup lève 500 K€ sur une valorisation pré-money de 2 M€, sa valorisation post-money est de 2,5 M€ et l'investisseur détient 20 % du capital. Cette distinction est fondamentale dans tout termsheet : toujours vérifier si la valorisation annoncée est pré ou post-money.

Quand créer le pool de BSPCE dans la cap table ?

Toujours avant le closing d'un tour de financement, jamais après. Si le pool est créé post-money, il dilue uniquement les fondateurs existants — l'investisseur ne supporte pas cette dilution. En le créant pré-money, la dilution est répartie proportionnellement entre tous les actionnaires, y compris le nouvel investisseur.

Qu'est-ce que la base fully diluted dans une cap table ?

La base fully diluted (capital totalement dilué) représente le nombre total d'actions de la société comme si toutes les options (BSPCE), tous les bons de souscription et toutes les obligations convertibles avaient été exercés ou convertis en actions. C'est la seule base qui reflète honnêtement la dilution réelle de chaque actionnaire, et elle doit être utilisée pour tout calcul de pourcentage de détention.

Pour aller plus loin

La formation Financement de projet

Lire aussi