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Obligation convertible : l'alternative à la levée de fonds que les startups françaises sous-utilisent

Par l'équipe Growth Loupe · 17 juin 2026 · 6 min

Rédigé avec l'assistance de l'IA · édité par Growth Loupe

En bref

Une obligation convertible est un prêt consenti à une startup qui se convertit en actions lors du prochain tour de financement, sans avoir à fixer une valorisation immédiatement. C'est plus rapide à mettre en place qu'une levée classique, ça diffère la dilution, et ça sert souvent de bridge entre deux tours. Le risque principal : si la conversion ne se déclenche pas, la dette reste due avec ses intérêts. En France, l'alternative la plus proche côté fondateur est le BSA-AIR, plus léger juridiquement mais sans qualité de créancier pour l'investisseur.

C'est quoi une obligation convertible, vraiment ?

Une obligation convertible, c'est un prêt. Un investisseur te prête de l'argent. En échange, il a le droit — ou l'obligation, selon les termes — de transformer sa créance en actions lors d'un événement futur défini à l'avance. Cet événement, c'est presque toujours ton prochain tour de financement.

Ce n'est pas de l'equity tout de suite. Ce n'est pas non plus un prêt bancaire classique. C'est un instrument hybride : tu reçois du cash aujourd'hui, et tu repousses la question de la valorisation à plus tard.

En France, on utilise souvent le BSA-AIR (Bon de Souscription d'Actions — Accord d'Investissement Rapide) comme alternative proche. L'obligation convertible au sens strict donne à l'investisseur la qualité de créancier, ce qui lui offre une protection juridique renforcée. Le BSA-AIR n'a pas cette qualité de créancier — il est plus léger côté fondateur.

Obligation convertible, levée classique, BSA-AIR, SAFE : les vraies différences

Dans une levée classique — augmentation de capital — tu fixes une valorisation pré-money, tu négocies une term sheet, tu passes chez le notaire ou dans un cabinet d'avocats. C'est précis, mais c'est long. Compte trois à six mois dans le meilleur des cas, souvent plus.

L'obligation convertible évite cette étape. Pas de valorisation à négocier maintenant, pas de pacte d'associés à refaire à ce stade. Tu signes un contrat de prêt avec une clause de conversion. Ça se boucle en quelques semaines.

Le SAFE (Simple Agreement for Future Equity) est l'équivalent américain, popularisé par Y Combinator. En France, il est peu utilisé parce qu'il n'a pas de base légale aussi claire. Les investisseurs français lui préfèrent l'obligation convertible ou le BSA-AIR, qui s'appuient sur des mécanismes juridiques bien balisés.

Résumé des différences clés :

  • Levée classique : valorisation immédiate, dilution immédiate, documentation lourde, délai long — mais cap table propre dès le départ.
  • Obligation convertible : pas de valorisation immédiate, dette qui devient equity à la prochaine levée, plus rapide à mettre en place, intérêts à prévoir.
  • BSA-AIR : proche de l'obligation convertible mais sans qualité de créancier pour l'investisseur — juridiquement plus léger côté fondateur.
  • SAFE : très courant aux États-Unis, peu adapté au droit français — à éviter sauf avec des investisseurs anglo-saxons qui maîtrisent les implications locales.

Les avantages concrets pour un fondateur en amorçage

Premier avantage : la rapidité. Tu as besoin de cash pour tenir jusqu'à ton prochain tour ? Une obligation convertible peut se boucler en deux à quatre semaines. Une levée classique, non.

Deuxième avantage : tu n'as pas à fixer ta valorisation trop tôt. En amorçage, valoriser sa startup est un exercice délicat. Les projections manquent de recul, le marché n'a pas encore validé le produit, et une valorisation trop basse dilue trop les fondateurs. L'obligation convertible te laisse du temps pour construire de la preuve avant de négocier.

Troisième avantage : la dilution différée. Tant que la conversion n'est pas déclenchée, ta cap table ne bouge pas. Tu gardes le contrôle le temps que tes KPIs montent.

Quatrième avantage : c'est un instrument reconnu par les investisseurs institutionnels en France. Les business angels et fonds d'amorçage connaissent le mécanisme, ce qui accélère la négociation.

Les risques et clauses à ne pas ignorer

L'obligation convertible reste une dette. Si ton prochain tour n'arrive pas — ou si tu ne lèves pas dans les délais prévus — la dette devient exigible. L'investisseur peut te demander de rembourser le principal plus les intérêts. C'est rare en pratique, mais c'est dans le contrat.

Première variable à surveiller : le taux d'intérêt. Sur une obligation convertible, il tourne généralement entre 5 % et 8 % par an. Ce n'est pas dramatique sur un bridge de six mois, mais ça s'accumule si la conversion tarde.

Deuxième point sensible : le cap de valorisation (valuation cap). C'est le plafond de valorisation retenu pour calculer la conversion. Si tu lèves ton tour A à une valorisation élevée, l'investisseur convertit au cap, pas à la valorisation réelle — ce qui lui donne plus d'actions qu'un simple ratio le laisserait penser. La dilution est réelle, juste décalée.

Troisième piège : la clause de conversion forcée. Certains contrats prévoient une conversion automatique si tu lèves au-delà d'un certain montant. Lis ce paragraphe deux fois avant de signer. Cette clause peut t'obliger à intégrer l'investisseur dans ta cap table à des conditions que tu n'aurais pas négociées dans un autre contexte.

Autres points à vérifier sur la term sheet :

  • Le discount rate : la décote accordée à l'investisseur sur le prix de l'action au moment de la conversion, souvent comprise entre 15 % et 25 %. Plus il est élevé, plus la dilution est forte.
  • La maturité du prêt : la date à laquelle la dette devient exigible si aucune conversion ne s'est déclenchée. Douze mois est court, dix-huit mois est plus confortable.
  • Le MFN (Most Favored Nation) : clause qui donne à l'investisseur les mêmes conditions que le prochain investisseur entrant. Acceptable si bien encadré, contraignant si trop large.
  • La pro-rata right : le droit de participer au tour suivant pour maintenir son pourcentage. Peut compliquer le closing si tu as beaucoup d'obligations convertibles en circulation.

Quand utiliser une obligation convertible — et quand éviter

Le cas d'usage typique, c'est le bridge. Tu es entre deux tours. Tu as des traction metrics qui montent, mais ton tour A n'est pas prêt à être bouclé dans les trois prochains mois. Tu as besoin de six à douze mois de runway supplémentaire. L'obligation convertible est faite pour ça.

C'est aussi pertinent quand tu veux embarquer un business angel rapidement, sans attendre d'avoir un lead investor pour fixer la valorisation. Tu lui proposes une obligation convertible maintenant, il convertit lors du prochain tour au cap et au discount convenus.

En revanche, si tu es prêt à lever et que tu as des investisseurs prêts à entrer, fais une levée classique. Empiler des obligations convertibles sans plan de conversion clair, c'est alourdir ton bilan et complexifier ta cap table — l'inverse de ce que tu veux à l'arrivée. Plusieurs obligations convertibles non converties peuvent aussi inquiéter un lead investor au tour suivant.

Un dernier point pratique : fais-toi accompagner par un avocat corporate qui connaît les instruments de financement startup. Les modèles de contrats qui circulent sur internet ont des lacunes. Une clause mal rédigée sur le cap ou la conversion peut te coûter cher au moment où tu t'y attends le moins.

Définitions clés à retenir

Ces termes reviennent systématiquement dans les négociations d'obligations convertibles. Les connaître avant de signer, c'est ne pas se faire surprendre.

Valuation cap : plafond de valorisation utilisé pour calculer la conversion. Il protège l'investisseur si la startup lève à une valorisation très élevée lors du prochain tour.

Discount rate : décote sur le prix d'action accordée à l'investisseur au moment de la conversion, en récompense du risque pris en amorçage.

Maturité : durée de vie du prêt avant que la dette ne devienne exigible si aucune conversion ne s'est déclenchée.

BSA-AIR : instrument français similaire à l'obligation convertible mais sans qualité de créancier pour l'investisseur. Plus léger juridiquement pour le fondateur.

Bridge : financement intermédiaire destiné à couvrir le runway entre deux tours de financement.

FAQ

Quelle est la différence entre une obligation convertible et un BSA-AIR ?

L'obligation convertible donne à l'investisseur la qualité de créancier : si la startup ne lève pas son prochain tour, il peut réclamer le remboursement de sa dette. Le BSA-AIR est un bon de souscription d'actions qui se déclenche lors d'un événement futur, sans dette au bilan. Le BSA-AIR est juridiquement plus léger pour le fondateur ; l'obligation convertible offre plus de protection à l'investisseur.

Une obligation convertible dilue-t-elle les fondateurs ?

Pas immédiatement. La dilution intervient au moment de la conversion, lors du prochain tour de financement. Mais elle est réelle : l'investisseur convertit généralement avec un discount et/ou au cap de valorisation, ce qui lui donne plus d'actions qu'un calcul simple au prix du tour ne le laisserait penser.

Combien de temps dure une obligation convertible ?

La maturité est définie dans le contrat, le plus souvent entre 12 et 24 mois. Passé ce délai sans conversion, la dette devient exigible. En pratique, les investisseurs acceptent souvent de proroger si la startup est en bonne santé mais n'a pas encore bouclé son tour.

Le SAFE est-il utilisable en France ?

Il est utilisable mais peu adapté. Le SAFE (Simple Agreement for Future Equity) est un contrat de droit américain sans équivalent direct en droit français. Les investisseurs français lui préfèrent l'obligation convertible ou le BSA-AIR, qui ont un cadre légal clairement défini. Si tu traites avec des fonds américains opérant en France, un SAFE peut se négocier, mais fais-toi accompagner par un avocat qui maîtrise les deux systèmes juridiques.

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